Sunday, 9 January 2022

Shafick Osman : "Un réel plaisir d'être publié dans le même volume qu'un Prix Nobel !"

 

La couverture du livre.

 "Géopolitique de Maudrigosa : des possibilités politiques bien réelles" est le titre de la contribution de Shafick Osman dans le beau livre de Carl de Souza, Maudrigosa, paru en novembre 2021, à l'île Maurice. Fort de 260 pages, Maudrigosa, est un "manifeste" non seulement de Carl de Souza, auteur, ancien sportif et pédagogue, mais aussi de l'écrivaine d'Ananda Devi et de la journaliste et écrivaine Shenaz Patel, accompagnés de la journaliste Dominique Bellier et de l'universitaire Kumari Issur. Un "manifeste poétique" autour des territoires de la République de Maurice essentiellement : l'Île Maurice, Rodrigues, les Chagos, Agaléga, St Brandon et Tromelin.

 

Première page du texte de Shafick Osman.

Plus de 60 collaboratrices et de collaborateurs ont répondu à l'appel de Carl de Souza dont le Prix Nobel de littérature Jean-Marie G. Leclézio, Ananda Devi qui a reçu le Prix du Rayonnement de la langue et de la littérature française de l'Académie française pour l'ensemble de ses oeuvres, l'écrivaine de renom Marie-Thérèse Humbert, le critique littéraire Issa Asgarally, l'ex secrétaire général de la Commission de l'océan Indien Jean-Claude de l'Estrac, etc.

Quelques collaboratrices et collaborateurs de Carl de Souza.

"Géopolitique de Maudrigosa" parle de la question de souveraineté de Tromelin, des subtilités administratives et légales de l'archipel Cargados Carajos, de la représentation politique de Rodrigues, d'Agaléga et des Chagos, ainsi que du manque de vue d'ensemble de la République de Maurice... Pour Shafick Osman, docteur en géopolitique et spécialiste des îles de l'océan Indien, "c'est un réel plaisir d'être publié aux côtés des plus grands noms contemporains du pays dont le Prix Nobel Jean-Marie Leclézio".

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Pour comander le livre : carlodes94@gmail.com.


Tuesday, 4 January 2022

Tribute to Mouslim

 By Monique Stegen (Canada)

 

Upper picture: Mouslim and I at a Native American (Indigenous) village near Burlington, Ontario, Canada.
Other picture: In front of Just Christmas shop at Niagara-on-the-Lake, Ontario, Canada.
Credits: Monique Stegen.

 

My husband and I met Mouslim when we were living in London in the 1960s. He was so jovial that he soon became a friend. In London, at that time, it was difficult to get a phone, it took a year or more to get settled. So it was to his house that we went to make our calls and I was the one making most of the calls, especially, when my husband had left for Canada in 1967. Left to my own devices, Mouslim became my advisor on the sale of my house and would get upset when my husband in Canada demanded that everything be done more quickly.

Mouslim, together with another Mauritian, oversaw charter flights from London to Plaisance. He had managed to convince some Mauritian friends, my husband, and an Englishman we knew, to do this and the meetings were held in our living room in London. I remember attending some of these meetings and if I am not mistaken, I was also taking the minutes!

 

Mouslim, together with another Mauritian, oversaw charter flights from London to Plaisance. He had managed to convince some Mauritian friends, my husband, and an Englishman we knew, to do this and the meetings were held in our living room in London.

 

Having left Mauritius after my marriage in 1957 and not having much financial resources, I had no way of visiting my family in Mauritius and this was very sad for me although several members of my family came to visit us on holiday. Ten years passed and I was nostalgic to see my island and those I had left behind for so long. We also had a little girl born in 1960. Now that I would soon be joining my husband in Canada after the sale of my house in London, I had no prospect of seeing my island again, I had to settle in Canada before thinking of travelling. On the other hand, my whole family from Mauritius was going to migrate to Australia in 1968.  

 

Two free tickets to Mauritius



Mouslim arrived at my house one day with two free tickets to Mauritius: one for my 7-year-old daughter and one for me! What a joy! I don't know exactly what I told him. We had to leave quickly. The trip to Mauritius was planned in three weeks. My first plane trip and what a trip it was! Our first stop was in Libya where Libyan soldiers were pointing their guns at the passengers as we got off the plane and went to a building that looked more like a bar than an airport. Everything was covered in red dust, and we drank lukewarm Coca Cola. The next stopover was in Entebbe, again it looked like anything but an airport. I remember my daughter and I took a shower to wash off the red dust of Libya. All was forgotten as soon as we returned to Mauritius where we had a wonderful stay like a fairy tale, thanks to the generosity of Mouslim!

At home in Canada, he first came with his wife Amina who had health problems. Then, after her death, he came alone to see us again and we had a great time together. In memory of him, he gave me a rosebush which gave extraordinary flowers. He never failed to write to us. If I remember correctly, his birthday was the same date as my husband's i.e., 8 November. May you rest in peace, Mouslim!

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Une version française de cet hommage est disponible ici : Hommage à Mouslim.

 

Sunday, 2 January 2022

Chacha Mouslim : à Dieu!

 Par Shafick Osman

(Ontario, Canada)

 

Mouslim Mahomed Osman, Angleterre, 1962.
Source : archives d'Amin Osman.

 

Il aurait préféré probablement que nous écrivions cet hommage en anglais, britannique qu’il était, mais nous nous sentons bien plus à l’aise en français (canadien) pour cette écriture.

C’est une figure incontournable de notre famille, il habitait loin, très loin, à Londres, et quand on parlait de Chacha Mouslim, il y avait une part de rêverie, car loin de l’âge de l’Internet, c’était un mystère, quelque chose de flou quand notre mère nous racontait cet oncle paternel devenu vite une icône dans ma mémoire. Le mystère s’épaississait quand maman nous parlait, dans les détails, d’Aslam, son fils aîné, et de Chachi Amina, son épouse. Mais une chose est certaine : la famille de Chacha Mouslim était proche de notre maman et de notre père, donc de nous! C’était le grand frère de mon père, un peu son mentor à bien des égards, et ma mère, habitant Londres pour quelques mois en ma compagnie en 1970, était devenue proche de Chachi Amina. Et comme Aslam est plus âgé que moi d’une année, c’était automatiquement mon référent de l’époque, malgré moi, car j’étais trop jeune pour en choisir un!

 

Chacha Mouslim lisait beaucoup la presse britannique et il s’intéressait de près à l’actualité internationale et une de nos tantes nous a déjà fait la remarque que nous l’avons « suivi » sur ce plan.  

 

Il n’y a pas une personne que nous connaissons qui ne définit pas Chacha Mouslim comme une personnalité des plus amusantes, avec un air jovial quasi permanent et comme on le disait chez nous, en créole mauricien, un « farceur ». Il avait six ans de plus que notre père mais ils s’entendaient à merveille. C’étaient deux compères, en vérité. Même physiquement, ils se ressemblaient, mais notre père était bien plus technocrate que Chacha Mouslim qui, lui, était plus littéraire que scientifique. C’est sur les conseils de ce dernier, par ailleurs, que notre père décida de ne pas partir à Calgary, au Canada, mais d’aller plutôt dans la région de Toronto, en 1970, car, selon Chacha Mouslim, Calgary était bien trop loin, au nord, alors qu’à Burlington, proche de Toronto, il connaissait une Mauricienne (mariée à un Allemand) qui pouvait accueillir son petit frère. Et notre père, tout en ayant son billet pour Calgary en mains, décida de rester à Burlington. C’est dire l’influence de Chacha Mouslim sur lui!

 

 Tonn swiv li 

 

Chacha Mouslim lisait beaucoup la presse britannique et il s’intéressait de près à l’actualité internationale et une de nos tantes nous a déjà fait la remarque que nous l’avons « suivi » sur ce plan. Il avait une opinion diamétralement opposée à la nôtre sur la question palestinienne et il était aussi très britannique dans son approche, suivant de près les débats à la Chambre des Communes en Angleterre. Et c’est lui, Chacha Mouslim, qui nous avait appris que son frère, Sir Abdool Raman Osman, avait dirigé un « journal » (une revue, en réalité) et il finit, un jour, par nous dire, « tonn swiv li » (tu l’as « suivi »). Quand il était à Maurice, Chacha Mouslim prenait plaisir à lire la presse locale avec le ton sérieux qu’on le connaît quand il parcourt les journaux, une attitude en contradiction avec son humeur jovial et décontracté de tous les jours.

Chacha Mouslim était un grand organisateur et un « multiculturel » aussi. Il avait quitté Maurice bien avant l’indépendance et il était devenu, à Londres, organisateur de vols affrétés de Plaisance. Ce qui fut de lui un homme connu des milieux de l’immigration et des familles mauriciennes fraîchement débarquées en Angleterre car il maîtrisait tout le « système » : aides sociales, crèches, logements, premiers emplois, etc. Il était dans son élément à Londres et comme un Osman qui porte bien son nom, il était rigoureux et à cheval sur les détails…

Il y a une dizaine d’années de cela, lors d’une de nos visites à Londres, nous nous sommes rendus chez lui et réflexe franco-français ou peut-être comme un petit-fils aurait vu son grand-père, nous lui fîmes la bise tout naturellement, et il rigola en laissant échapper, « premie fwa enn zom anbrass mwa » (c'est la première fois qu'un homme m'embrasse), avec un grand rire comme à son habitude.

C’était Chacha Mouslim! Parti, aujourd’hui 2 janvier, à l’âge de 91 ans, il restera une icône de la famille, mon icône à moi. Que Dieu, le Créateur, pardonne tous ses péchés, que Dieu le protège dans l’au-delà, et que Dieu nous réunisse au summum du Paradis dans l’autre monde! Amen!

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An English version of that tribute is available at Chacha Mouslim: a Dieu!

Friday, 6 August 2021

Décès de Me Khalid Tegally : le choc !

À vrai dire, nous ne savons pas s’il était comme un deuxième papa ou un ami très proche. Il était probablement entre les deux, à mi-chemin entre celui qui nous aimait énormément et celui avec qui nous pouvions discuter de choses profondes, partager des réflexions intimes.

La nouvelle venue d’Angleterre en ce vendredi 6 août, juste après la prière du matin, nous a assommée, un véritable coup de massue que nous avons, au premier abord, accepté difficilement. C’était très dur, comme quelque chose d’irréaliste qui se produisait. Pourtant, c’était la très triste réalité. « Certes nous sommes à Allah, et c´est à Lui que nous retournerons (Hamidullah) », nous dit le Coran (2, 156).

Khalid Tegally nous a connu depuis enfant ou plutôt à l’âge de la jeune adolescence. Il a suivi notre parcours tant au niveau intellectuel que politique et religieux depuis 1982, voire depuis 1981. Une véritable icône de l’islam de Beau Bassin, à l’île Maurice, un engagé musulman, un juriste hors pair, un spécialiste de la fiscalité mauricienne, un passionné du droit et fin observateur du milieu légal mauricien mais il était, avant tout, un homme de cœur ! Et s’agissant du cœur, c’est son activité au sein du Mouvement Militant Mauricien (MMM) au début des années 80, parrainée par son beau-frère Cassam Uteem, qui nous avait rapproché en sus de nos présences actives au sein de l’Islamic Brotherhood of Beau Bassin (IBBB), alors organisation révolutionnaire à Maurice par son brassage intracommunautaire et sa méthodologie d’enseignement qu’on pourrait aisément qualifier de moderne.

Député de la circonscription no 2 de Port Louis de 1983 à 1987, Khalid Tegally (oncle du député actuel du no 2 Reza Uteem) a quitté la politique active jeune mais il est resté un observateur très attentif de la scène politique mauricienne. C’est cette passion pour la politique de son pays qui nous réunissait très souvent après les prières à la mosquée Al-Mufareedeen dans le quartier huppé de Balfour, à Beau Bassin. Pendant de très longues minutes et parfois, pendant des heures, nous partagions nos observations, nos réflexions et nos idées sur l’actualité politique du moment mais aussi sur des questions plus larges. 

Un juriste classique formé à l’anglaise

Avocat formé à la classique école anglaise (il a vécu en Angleterre pendant de nombreuses années), ancien de la magistrature, il nous a appris bon nombre de choses sur les réalités et aspects du monde juridique mauricien. Il prenait toujours un grand plaisir à nous faire part des moindres détails s’agissant des affaires en Cour, des subtilités légales et aussi des paradoxes et autres détails de la justice mauricienne et de ses actrices et acteurs. La formation des jeunes était à son agenda et il se faisait un devoir d’assister aux séminaires et autres conférences du Bar Council.

Sa spécialité de la fiscalité mauricienne et sa connaissance très approfondie des questions y relatives (il était aussi président du Tax Appeal Tribunal) nous ont non seulement ébloui mais nous ont aussi aidé dans nos affaires. Nous lui sommes énormément reconnaissants pour ses conseils et actions.

Khalid Tegally était un des moteurs de l’IBBB dans les années 80 et après que la mosquée Al-Mufareedeen fut ouverte au début des années 90 – il était celui qui avait identifié le terrain et qui avait proposé le projet de mosquée dans ce quartier -, il devint l’homme fort de l’organisation à tel point que certains surnommait la mosquée en masjid Tegally ! Débouté à la tête de l’IBBB voici une dizaine d’années, il demeurait un fidèle parmi les fidèles de la mosquée et trouvait toujours son mot à dire à qui de droit même si sa voix ne se faisait plus beaucoup entendre.

Sa nomination à l’Equal Opportunities Commission (EOC), en 2016, lui a apporté une autre manche à sa carrière déjà bien remplie. Nous avons eu l’occasion de parler des possibilités, des problématiques mais aussi des opportunités à l’EOC et ce fut parmi nos derniers échanges avec lui avant que nous quittions Balfour et un peu plus tard, l’île Maurice pour le Canada. Il aimait énormément son travail à l’EOC et avec un brin d’autocratie couplé judicieusement avec sa diplomatie à lui et surtout, avec son bon sens et son sentiment cordial, il dominait la scène et se faisait respecter tant par ses collègues du barreau que par les « clientes et clients » et des différentes parties prenantes de l’Equal Opportunities Commission. 

Un homme d’actions mais discret

Depuis notre arrivée au Canada, nous n’avons pas eu beaucoup l’occasion d’échanger vu qu’il n’était pas sur WhatsApp à l’époque mais en quelques occasions, nous avons pu faire un tour d’horizon des sujets préoccupants à Maurice tant sur le plan politique que social ou religieux. Admirateur critique de Sir Anerood et entretenant de bonnes relations avec son fils tout en gardant une certaine distance, Khalid Tegally aurait pu être le candidat au poste de Président de la République à la suite de la victoire de l’alliance Lepep, en décembre 2014, mais au moment du choix de l’alliance en question, en octobre 2014, il n’a jamais voulu se mettre en avant pour ce choix politicien malgré certains lobbyings.

Acteur de premier plan du Muslim Family Council mis en place après l’abrogation de la Muslim Personal Law, par le gouvernement de Sir Anerood Jugnauth, en 1989, Khalid Tegally est resté discret, trop discret même dans sa vie publique. Il n’a jamais voulu, par exemple, émettre des communiqués ou animer des conférences de presse sur ses actions à l’Equal Opportunities Commission malgré la demande et le « besoin » des médias sociaux. Quand nous lui avions proposé de « candidater » après la démission d’Ameenah Gurib-Fakim de la présidence de la République, il était moins loquace et il se laissait dire, « si mo vinn Prezidan, mo pou kouma Gouverner-Zeneral lontan mwa, pa pou tann mwa ditou, pa pou trouv mwa ditou. Mo pou zis fer mo travay trankil [Traduction : si je deviens Président, je serai comme le Gouverneur-Général d'alors, on ne me verra pas, on ne m’entendra pas. Je ferai que mon travail tranquillement] ». Telle était probablement sa devise, l’action dans la discrétion.

Que Dieu lui pardonne tous ses manquements, lui accorde la paix dans la tombe et lui élève au plus haut des sommets des paradis !

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Hamidullah. Sourate 2 Al-Baqara (La vache). 2021. 6 août 2021. <https://sourate-coran.com/hamidullah/sourate-francais-al-baqara-la-vache->.

 

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