Showing posts with label Géopolitique/Geopolitics. Show all posts
Showing posts with label Géopolitique/Geopolitics. Show all posts

Sunday, 29 March 2026

« J'ai toujours dit que Maurice est un grand pays, mais ses dirigeants nous font comprendre depuis toujours qu'on est petit ! »



Dans le cadre de cette première interview pour Top News, les thématiques abordées incluent la politique mauricienne, la situation au sein du Mouvement Militant Mauricien (MMM), la souveraineté de l'État mauricien, ainsi que la dépendance du pays à l'égard de l'étranger, pour n'en citer que quelques-unes.

Lire l'intégralité de l'interview ici : INTERVIEW – SHAFICK OSMAN, DOCTEUR EN GÉOPOLITIQUE (PARIS-SORBONNE): « UNE MAJORITÉ DE CEUX QUI ONT VOTÉ POUR L’ALLIANCE DU CHANGEMENT EN 2024 LE REGRETTENT AMÈREMENT ! »


Friday, 13 November 2020

MBC TV : notre participation dans l'émission "Focus" sur les îles de la République de Maurice

 

(c) Mauritius Broadcasting Corporation, 2020

Nous étions invités à participer à l'émission Focus qui avait pour thème, Les îles de la République de Maurice, sur la télévision nationale mauricienne (MBC TV), le mardi 10 novembre 2020.

Du Canada, nous avons répondu aux questions du journaliste Ishwa Gunnoo via WhatsApp. Nos réponses retenues concernent principalement Rodrigues, les Chagos, Tromelin et les enjeux géopolitiques de l'État-océan mauricien de quelque 2,4 M km2 qui place le "territoire marin" de la République de Maurice parmi les plus grands au monde.

Nous avons proposé qu'une liste de jours fériés propre à Rodrigues soit établi, que l'État mauricien prenne des actions vis-à-vis de la France sur la question de Tromelin et que Maurice garde "la tête froide" en jouant les différentes cartes tant avec les puissances étrangères présentes dans la région (Inde, États-Unis, France, Chine etc.) qu'avec d'autres puissances (la Russie, par exemple) et des puissances émergentes telle la Turquie.

Nous remercions la MBC qui nous a bienveillamment fait parvenir le fichier MP4 de l'émission et que nous avons repris et posté sur YouTube avec nos interventions.

Vijay Ram de Londres est également intervenu dans l'émission où il y a eu une interview du chef-commissaire de Rodrigues, Serge Clair, ainsi que celle du président du Groupe Réfugiés Chagos, Olivier Bancoult.

Le journal télévisé en hindoustani, Samachar, de la MBC TV, avait annoncé le programme le mardi 10 novembre dernier :


Nos interventions dans Foccus, "Les îles de la République de Maurice", se situent comme suit :
  • 01'08 - 02'07 (territoires de la République de Maurice)

  • 02'22 - 03'50 (Rodrigues)

 
  • 14'33 - 16'25 (Chagos)

 
  • 48'40 - 54'44 (enjeux géopolitiques de l'État-océan mauricien)

Saturday, 7 November 2020

Notre participation dans l'émission de Radio Plus-TéléPlus, "Élections présidentielles américaines : quels enjeux pour Maurice ?"


 

 

Nous étions invités par Radio Plus-TéléPlus (Maurice), le mercredi 4 novembre 2020, à commenter sur les résultats et enjeux des élections étasuniennes surtout par rapport à Maurice. Nous avons eu le plaisir de retrouver virtuellement l'ami Michaël Atchia sur le plateau.

Nos interventions se situent de 26:45 à 28:17 via Skype et de 33:13 à 46:48 par téléphone. Pour des raisons de décalage horaire (neuf heures de différence), nous n'avons pu rester jusqu'à la fin de l'émission. C'est la toute première fois que nous étions sur le plateau "Au Coeur de l'info" avec Ruth Rajaysur et Al-khiz Ramdhin.

 


Le lien de l'émission sur YouTube : Élections présidentielles américaines : quels enjeux pour Maurice ?

Sunday, 27 September 2020

Shafick Osman - Ma contribution au livre "Mondo-Virus : Storia e Geopolitica del Covid-19"

 

Source : 5-Plus Dimanche, Maurice, 21 juin 2020 (Shafick Osman : Ma contribution au livre «Mondo-Virus : Storia e Geopolitica del Covid-19»

 

C’est la première fois que Shafick Osman, docteur en géopolitique et chercheur associé à la Florida International University (Miami), est publié en italien. Dans le livre Mondo-Virus : Storia e Geopolitica del Covid-19, il parle de l’Indianocéanie sous la direction du professeur émérite Michel Korinman. 68 collaborateurs ont contribué à la rédaction de cet ouvrage sorti en mai. Du Canada, il nous parle de cette collaboration, du coronavirus dans son pays d’adoption et nous donne son avis sur la situation à Maurice...

  

 Ma collaboration avec le professeur Michel Korinman : «Je connais le Pr Korinman depuis 2003, au temps où j’avais commencé mon DEA (aujourd’hui mastère 2 recherche), à Marne-la-Vallée. Depuis, on a collaboré sur plein de projets dont la majorité était les différents numéros de la revue européenne de géopolitique Outre-Terre. Il était aussi mon directeur de recherche, non seulement pour le DEA mais aussi et surtout pour ma thèse de doctorat à Paris IV (Paris-Sorbonne). Depuis fin 2018, je publie Outre-Terre dans une petite maison d’édition à Londres.»

Quand le projet de Mondo-Virus : Storia e Geopolitica del Covid-19 est né : «Il est évident que quelque chose devait être fait au niveau géopolitique quand le monde a commencé à changer drastiquement, du moins dans l’hémisphère nord, en mars. J’avais fait quelques réflexions à ce moment-là, comme beaucoup d’autres, sur les différentes pistes quant à l’origine de la Covid-19, sur ses effets et répercussions, etc. Je me suis dit qu’il fallait probablement écrire un livre au lieu de faire une édition spéciale de revue, pour exprimer et partager cela avec le concours de plusieurs collaborateurs. En quelque sorte, il fallait pérenniser ce moment, ce tournant même, de l’état du monde. Dans une conversation téléphonique il y a trois mois environ, j’ai fait état de mes pensées au Pr Korinman qui était d’accord sur le projet car lui-même avait fait des réflexions similaires. L’idée a vite fait son chemin sous sa direction.»

Autour du livre : «Cest l’histoire du SARS-Cov-2 et des problématiques géopolitiques de la pandémie dans différentes régions du monde. Le livre, sorti initialement en Italie, et en italien, a du sens car ce pays était au centre même de la pandémie il y a peu de temps.»

Ma contribution : «J’ai contribué très modestement à l’ouvrage en faisant un survol de la situation, début mai, de ce que la Commission de l’océan Indien appellerait “l’Indianocéanie”, c’est-à-dire La Réunion, les Comores, Maurice, Madagascar et les Seychelles. On m’avait proposé de travailler sur le Canada mais j’ai refusé car je ne me sentais pas capable de le faire.»

Si les Mauriciens pourront avoir accès à cet ouvrage : «Oui, bien sûr, ils peuvent l’acheter en ligne depuis un moment déjà mais c’est actuellement en italien ! Pour la version française, il faudra attendre un peu.»

Le coronavirus et Ottawa : «La capitale fédérale canadienne n’a pas été épargnée, comme la plupart des capitales du monde. Mais je dois avouer que les autorités ont bien géré la crise ici, bien que l’Ontario soit la deuxième province la plus touchée du Canada, après le Québec. Au 17 juin, on était à 386 cas. En tout, Ottawa-Gatineau a eu un peu plus de 2 500 cas et, malheureusement, 260 morts. Si vous voulez avoir une idée : au 17 juin, la province de l’Ontario avait eu, elle, 32 744 cas, avec 2 550 décès. Et pour le Canada en entier, au 17 juin, c’était 99 853 cas et 8 254 morts. Le virus est en ralentissement au Canada et au rang mondial, le pays est passé de la 12e place des pays les plus touchés il y a quelques semaines à la 17e place au 18 juin.»

Ma vie au rythme de la Covid-19 : «Cela n’a pas été facile, surtout pour les courses, et c’est toujours le cas car il faut prendre plusieurs précautions, non seulement dans les supermarchés mais aussi, une fois dans la voiture pour rentrer, et après, il y a toute la corvée pour désinfecter les produits, les lunettes, le téléphone, la clé de voiture, les poignets de porte. Sans compter qu’il faut changer tous ses vêtements une fois rentré chez soi. On a tous un peu vécu cela mais ici, ce n’est pas fini ! Le ramadan et la fête Eid-ul-Fitr ont été des moments très particuliers et uniques sans la mosquée, les visites, etc.
Mais après trois mois maintenant, je peux dire que je prends la chose positivement car j’ai bénéficié de beaucoup de choses depuis : j’ai appris, grâce à mon épouse, mais aussi grâce à Internet, des recettes de cuisine que j’ai pu pratiquer, je me suis mis à la vidéo et à YouTube, j’ai été beaucoup plus productif au travail, il y a eu un resserrement des liens avec la famille et les amis proches. C’est globalement positif mais j’attends tout de même le déconfinement total car, avec l’été, le Canada invite grandement à sortir.»

Mon avis sur la façon dont les autorités mauriciennes ont géré la situation dans l’île : «Je suis à 15 000 km de Maurice mais d’après ce que j’ai pu suivre via les médias et les réseaux sociaux, je peux dire que généralement, cela a été bien géré. Bravo aux autorités pour le côté sanitaire surtout.»

Maurice, le déconfinement et les frontières fermées : «Je pense que le gouvernement a raison de laisser les frontières fermées car la situation est encore précaire et instable sur le plan international. Je sais que cela porte un coup très dur au tourisme, à l’aviation, entre autres, mais le pays ne peut prendre de risques au jour d’aujourd’hui. Cela dit, je suis content que les Mauriciens et résidents de l’île Maurice aient pu reprendre leur train de vie habituel et peuvent désormais se rendre à la plage et ailleurs. Cela dit, je suis très inquiet pour l’avenir du pays car Maurice est toujours très dépendante, trop dépendante, de l’étranger. Il y a là une chance de réinventer Maurice, son économie, ses marchés, ses sources… Mais je ne sais pas si les autorités, le privé et la société civile dans son ensemble sont prêts pour cela. Je crois que c’est peut-être trop demander mais ce sont des temps très durs qui attendent le pays et sans revoir les choses fondamentalement, de A à Z, je crois que Maurice aura des jours très difficiles devant elle.

À moins, bien entendu, de rester et de tomber encore plus dans les filets du FMI, de l’AFD, de l’Union européenne, de l’OCDE, de la Banque mondiale. Il faut de l’ingéniosité, du courage et des projets indigènes et autonomes pour sortir de là. Il faut aussi la participation des différentes forces vives car seul, le gouvernement aura des difficultés à faire face aux situations à venir. Il y a là l’urgence d’un collectif national, il n’y a pas ou très peu de place pour la partisanerie politique.»

Quelle leçon faudrait-il, selon vous, retenir de cette situation ? «Une chose est sûre : demain ne sera plus jamais comme hier ! Je note qu’au début de la crise, à Maurice, il y avait beaucoup de nouvelles idées, de nouveaux concepts, entre autres, en circulation dans les médias et sur les réseaux sociaux mais depuis le déconfinement partiel et surtout depuis le déconfinement total, je réalise que les Mauriciens reviennent “à la normale”. Beaucoup ne réalisent pas les dégâts au niveau mondial et se concentrent sur l’actualité mauricienne, et il y a bien plus que Maurice dans l’affaire. C’est aussi une occasion pour l’île de développer sérieusement toutes ces terres que les différents États africains ont mis à la disposition de l’État mauricien depuis plusieurs années déjà et qui devraient être une source de production alimentaire pour le pays mais aussi une terre de développement de nouveaux projets générateurs de revenus. Cela devrait aller de pair avec le vrai développement des opportunités de l’État-océan – projet qu’aucun gouvernement n’a pris au sérieux depuis sa mise sur pied en 2010, malheureusement. Le moment est grave mais pas désespéré. Tout dépendra de ce que feront les autorités dans les semaines et mois qui viennent.»

Saturday, 13 June 2020

Shafick Osman parle de l'indianocéanie dans le livre, "MondoVirus, Storia e Geopolitica del Covid-19"

Pour la première fois, Shafick Osman est publié en italien. Sous la direction du Professeur émérite Michel Korinman, 68 collaborateurs ont contribué à la rédaction du livre sorti, en mai 2020, en Italie, sur l'histoire et la géopolitique du Covid-19, MondoVirus, Storia e Geopolitica del Covid-19. Une idée discutée, fin mars, entre le Pr Korinman et Shafick Osman.





Dans cet ouvrage, le géopoliticien Shafick Osman, spécialiste des îles du sud-ouest de l'océan Indien, fait un survol de la situation, dans cette partie du monde, qualifiée d'Indianocéanie par la Commission de l'océan Indien.

Le livre peut être acheté, en ligne, à 20 EUR, à l'adresse suivante : Bandecchi & Vivaldi

Tuesday, 2 June 2020

Géopolitique de la République de Maurice : quelles attentes désormais ?

Papier publié sur le site internet mauricien citoyens.news, le 17 mai 2020 : Géopolitique de la République de Maurice : quelles attentes désormais ?

By Shafick Osman*

Dans un papier publié par l’hebdomadaire Business Magazine (i), en mars 2020, nous disions, d’emblée qu’il n’y avait pas grand espoir que les positions géopolitiques de la République de Maurice changent dans les années à venir, voire dans cette nouvelle décennie du calendrier grégorien. Mais le SARS-Cov-2 a atterri, à Maurice, depuis, et avec la pandémie, et surtout, avec le ralentissement net des activités un peu partout dans le monde, les choses ont bien changé désormais. Que pouvons-nous attendre désormais des postures géopolitiques des autorités mauriciennes ?

(c) Shafick Osman, Ontario, Canada, 2020. All Rights Reserved.


Si nous devons toujours poser les problématiques de géopolitique interne, nous ne sommes pas cependant dupes car les autorités mauriciennes vont très probablement reporter les questions de géopolitique interne à la République à bien plus tard car la priorité du moment sera de « refaire » l’économie et de se concentrer, peut-être, plus à la géopolitique externe. N’empêche que nous posons les problématiques suivantes qui devront être adressées tôt ou tard, dépendant de la conjoncture.

Nouvelle République

Le rapport entre l’île principale de la République de Maurice que la Constitution de Maurice décrit comme Island of Mauritius (que nous traduisons par Île Maurice), et les autres territoires de la République, est à repenser. Repenser pour une participation bien plus active, un rapport bien plus fécond entre l’île Maurice et les territoires constitutionnels mauriciens que sont Rodrigues, Agaléga, l’archipel des Chagos, St Brandon (Cargados Carajos) et Tromelin. L’intellectuel et journaliste mauricien Joël Toussaint avait proposé, en mars 2011, au Book Café, à Belle Rose, un concept d’État-fédéral où les différents territoires de la République aurait une autonomie maximale, avec, surtout, un rapport égalitaire. Un bon point de départ pour une réflexion sur une éventuelle vraie… deuxième République qu’on nommera projet de Nouvelle République car depuis la campagne électorale de 2014, ce concept de deuxième République sonne trop faux.

Repenser la République, c’est aussi fédérer les peuples et résidents et / ou natifs de l’île Maurice, de Rodrigues, d’Agaléga, des Chagos et de St Brandon – il n’y a aucun habitant de nos jours sur Tromelin – autour d’un projet commun, d’une destinée commune. Si Rodrigues bénéficie certes d’une autonomie quelconque depuis 2002 via la Rodrigues Regional Assembly Act, les autres territoires de la République mauricienne sont contrôlés directement par le gouvernement central sauf pour les Chagos et Tromelin où les contentieux sur la souveraineté mauricienne restent entiers malgré la reconnaissance claire de la souveraineté mauricienne sur les Chagos, en 2019, par la Cour internationale de justice et par l’assemblée générale des Nations-Unies. Agaléga aurait dû avoir une certaine autonomie aussi avec la création de l’Agalega Island Council, en 2004, mais le conseil n’a jamais réellement fonctionné et il n’a pas bénéficié non plus, il est vrai, d’un vrai soutien politique des différents gouvernements, de Port Louis.

Nous prenons le risque de dire que la représentation des territoires de la République est le cadet des soucis de nos élus et dirigeants – c’est très rare que nous entendons quelque chose dessus. C’est une problématique aussi pas très répandue parmi l’élite politique et intellectuelle du pays.

La dominance de l’Island of Mauritius, un héritage colonial datant des Britanniques, est flagrante au Parlement : 60 sièges sur 62 (vingt circonscriptions sur vingt-et-une), à l’assemblée nationale mauricienne, revient à l’île Maurice ; Rodrigues a droit, elle, à deux sièges seulement avec une circonscription alors que la norme, pour l’île Maurice, est de trois sièges par circonscription. Pire, Agaléga est représentée depuis l’an 2000 seulement et cela, avec une incorporation dans la circonscription no. 3, Port Louis Est – Port Louis Maritime. Résultat : il n’y a pas et il n’y a jamais eu de député agaléen pour représenter Agaléga depuis vingt ans maintenant et même Shakeel Mohamed, député de la circonscription depuis 2010, a avoué, en juillet 2019, au Parlement, que les députés du no. 3 n’arrivent pas à s’occuper de leurs mandants, à Agaléga, faute de visites et de moyens logistiques adéquats !

St Brandon et Agaléga

La vingtaine de résidents de St Brandon dont beaucoup y séjournent la plupart de l’année, ne peuvent voter sur place et il n’y aucune représentation des 28 îlots de Cargados Carajos au sein de l’assemblée nationale mauricienne, 52 après l’indépendance du pays et 28 ans après la République ! Le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, en 2019, lors de son discours, à l’assemblée nationale, en vue de la motion du gouvernement pour incorporer les Chagos dans une circonscription existante, a voulu faire l’avocat de St Brandon pour sa représentation somme toute légitime, mais il s’est fait ridiculiser par le Premier ministre !

Le gouvernement MSM-ML a bien voulu rajouter les Chagos à une circonscription existante, en juillet 2019 – chose que nous avions dénoncé, à l’époque, demandant plutôt une circonscription à part entière pour les Chagos (ii) – mais force est de constater qu’aux élections du 7 novembre dernier, les Chagos n’avaient toujours pas de représentation malgré le vote unanime de l’assemblée nationale mauricienne, le 12 juillet 2019, pour l’intégration des Chagos dans une circonscription existante. Et on n’a point entendu l’Electoral Boundaries Commission sur ce sujet depuis.

(c) Shafick Osman, 2020, Ontario, Canada. All Rights Reserved.


Nous étions les premiers à demander, en 2009, une circonscription à part entière pour Agaléga (iii) et donc, un député agaléen pour Agaléga. Nous étions également les premiers, en 2014, dans le sillage du White Paper du Premier ministre Navin Ramgoolam sur les réformes électorales, à demander qu’il y ait un député des Chagos (iv), au Parlement mauricien, en sus d’un député pour la diaspora mauricienne, à l’étranger. Et nous avions même demandé qu’il y ait une nouvelle circonscription Agaléga - St Brandon qui permettrait aussi la représentation de Cargados Carajos, à l’assemblée nationale mauricienne.

Quant à Tromelin, si jamais l’îlot devait être peuplé, ne serait-ce que de quelques personnes, un jour, il devrait, lui aussi, avoir une représentation mais Paul Bérenger, leader de l’opposition, en 2009, avait déjà proposé cette inclusion de Tromelin, St Brandon et des Chagos mais dans une circonscription existante, lors d’une Private Notice Question, le 21 novembre 2009, au Premier ministre d’alors, Navin Ramgoolam, qui avait déclaré qu’il allait présenter une motion, dans ce sens, à l’assemblée nationale, mais qui n’a jamais été présentée par la suite.

S’agissant d’Agaléga et de St Brandon, il est inconcevable – on avait écrit cela, en 2014 (v) – que l’Outer Islands Development Corporation (OIDC), structure parapublique dépassée mais qui gère toujours ces deux territoires de la République, devrait céder la place à un statut plus officiel, plus étatique, et moins dénigrant (il n’y a pas de présence administrative de l’État mauricien, à St Brandon), pour ces deux territoires riches en superficie maritime et en ressources halieutiques.

Notre proposition de l’équivalent d’un préfet (un commissaire ?) pour Agaléga et St Brandon teint bon et, à notre avis, il faut une nouvelle législation pour combler le flou sur la souveraineté de l’État mauricien sur l’ensemble des îlots de St Brandon dont la moitié est la propriété du privé, sous la forme d’un bail à perpétuité, octroyée, en 1901, par l’administration coloniale, et confirmée par un jugement du Privy Council, en juillet 2008. Lequel bail qui pourrait être octroyé à la même société qui détient aujourd’hui les droits, Raphaël Fishing Company Limited, mais sous la forme d’un bail à durée limitée et renouvelable.

Nouvelles villes

Et pour clore la question de la représentativité dans le contexte actuel, Rodrigues, les Chagos, Agaléga et St Brandon devraient être présents dans tous les ministères par le biais de représentants permanents car ces territoires doivent avoir leur mot à dire sur les projets et orientations politiques des divers ministères et corps parapublics. Ou alors, il faudrait qu’il y ait la présence d’un représentant officiel d’Agaléga, des Chagos et de St Brandon – la loi permet au chef-commissaire de Rodrigues d’assister aux réunions du conseil des ministres – au conseil des ministres de la République, chaque semaine.

Et comment terminer sur les territoires de la République mauricienne sans mentionner l’absurdité que l’île Rodrigues ne soit même pas pourvue d’une ville ! Port Mathurin mérite amplement le statut de ville-capitale avec un élargissement tant du côté de Lascars Bay et Anse aux Anglais que du côté de Camp du Roi et peut-être, avec Oyster Bay – cela fait des années que nous le disons ! Mont Lubin et Petit Gabriel (ou autres localités de Rodrigues) et leurs environs pourraient aussi avoir le statut de ville vu leurs démographies respectives. Dans les années 70, au primaire, nous apprenions que la « capitale » de Rodrigues était Port Mathurin alors qu’en réalité, quarante ans après, Port Mathurin est resté au statut… rural !

Quant à Agaléga, un titre de chef-lieu devrait être conféré officiellement au « village » Vingt-Cinq et le statut de sous chef-lieu à Sainte Rita, dans l’île du Sud. L’île Raphaël, à St Brandon, devrait avoir le statut, elle aussi, de chef-lieu de l’archipel de Cargados Carajos – le véritable problème sera, en effet, le statut de l’île car, officiellement, c’est une île privée mais où tous les services gouvernementaux sont installés (National Coast Guard, station météorologique, les pêcheries etc.) !

Et, à l’île Maurice, les autorités devraient enfin accorder le statut de ville à nombre de « villages » très importants qui sont aujourd’hui non seulement très développés mais aussi quasiment urbanisés tels Rivière Noire-Tamarin, Grand Baie, Centre-de-Flacq, Triolet, Goodlands, Rivière-du-Rempart, Moka-St Pierre, Mahebourg, Rose Belle-New Grove et Souillac-Surinam. Certaines localités devraient être annexées à des villes avoisinantes ou à la cité de Port Louis comme le suugère le tableau suivant.

 Localité/village Population (2018) vi
 Statut actuel Statut recommandé
 Baie du Tombeau 15 226 Village         Rattaché à la cité de Port Louis
 Le Hochet 15 585 Village Rattaché à la cité de Port Louis
 Terre Rouge 11 155 Village Rattaché à la cité de Port Louis
 Triolet 24 242 Village Ville
 Goodlands 21 058 Village Ville
 Rivière du Rempart 11 007 Village Ville (vii)
 Bel Air Rivière Sèche 18 036 Village Ville
 Centre de Flacq 16 174 Village Ville
 Mahebourg 15 442 Village Ville
 New Grove 11 035 Village Ville (avec Rose Belle)
 Rose Belle 12 245 Village Ville (avec New Grove)
 Chemin Grenier 12 313 Village Ville
 Surinam 10 582 Village Ville (avec Souillac viii)
 St Pierre 16 606 Village Ville (avec Moka ix)
 Bambous 17 308 Village Ville
 Grande Rivière Noire 3 009 Village Ville (avec Tamarin x)
 Grand Baie (xi)
 12 158 Village Ville

Deux des villes existantes sont à repenser également. Faudrait-il séparer Beau Bassin (comprenant Mare Gravier et Coromandel) de Rose Hill pour avoir deux villes moyennes d’environ 50 000 habitants chacune ? Logiquement, Rose Hill devrait alors comprendre Ébène qui a été annexée à la ville de Quatre Bornes depuis un moment déjà. D’autre part, la ville exponentielle qu’est devenue Vacoas-Phoenix (104 654 habitants xii avec Hermitage, d’un côté, et les Sept Cascades, de l’autre) ne devrait-elle pas être scindée, elle aussi, en deux pour en faire deux villes de tailles moyennes ?

Politique étrangère : statu quo ?

La politique étrangère de Maurice ainsi que ses rapports de force avec les puissances et blocs étrangers changent rarement. Hormis quelques bifurcations, à l’Est, et dans le camp socialiste, au temps de la Guerre froide, Maurice n’a jamais vraiment changé de politique étrangère depuis son indépendance même si certains rapports de force ont changé, au fil des décennies, s’agissant surtout du Royaume-Uni (écart), de la France et de l’Union européenne (rapprochement) et, enfin, de l’Inde (rapprochement important).

Maurice doit traduire, à nouveau, sa devise de « l’étoile et la clé de la Mer des Indes », en réalité. Déjà très présente au sein de nombre d’organisations régionales et internationales et porteuse de nombreux hubs dans la région, Maurice doit travailler en vue d’une fusion, à moyen terme, de la Commission de l’océan Indien (COI) et de l’Indian Ocean Rim Association (IORA). Les sièges de ces deux organisations se trouvent à Maurice et le pays est un des membres fondateurs de ces deux organisations indianocéaniques.

La France demande un statut d’observateur au sein de l’IORA, ce qui est plutôt bon signe pour un rapprochement entre la COI et l’IORA. La résistance pourrait venir de l’Union européenne qui finance la majorité des projets de la COI, avec la France, en appui. Comme tous les États membres de la COI, à part la France, sont membres de l’IORA, il ne fait plus de sens d’avoir deux associations différentes pour le bien commun du bassin Océan Indien.

C’est l’avocat et leader du défunt Mouvement Républicain, Rama Valayden, qui disait voici une vingtaine d’années que Maurice devrait amener l’Inde et le Pakistan autour d’une table de discussions pour résoudre le problème du Cachemire mais trop tard, semble-t-il, car le gouvernement hindouiste nationale de Narendra Modi a déjà annexé l’État jadis autonome, selon la constitution indienne, de Jammu et Kashmir, au pouvoir central de New Delhi, sans l’autorisation ou un référendum quelconque – pourtant, prévu dans la constitution indienne, avant le 5 août 2019, avec les fameux articles 370 et 35a - avec une restriction sans précédente de liberté de mouvement, d’internet, de communications téléphoniques, assignation à résidence de tous les leaders et élus politiques locaux etc. et un black-out aussi précédent sur l’état des choses dans cet unique État majoritairement musulman.

Maurice soutient plus que jamais l’Inde et il n’y a aucune indication que les choses seraient différentes dans les années à venir et c’est plutôt le contraire qui devrait se passer car les puissances occidentales favorisent cette relation de très grande proximité de Maurice avec l’Inde que beaucoup considèrent comme la mère-patrie, à Maurice.

Les relations avec la France, l’Union européenne, la Chine et les États-Unis ne devraient connaître aucun changement majeur de même qu’avec les blocs régionaux africains (SADC, Comesa, Union Africaine). Un changement notable qui n’est pas passé inaperçu ces dernières années : l’ouverture vers l’Arabie Saoudite depuis 2015. Un changement de politique notable de la part des autorités mauriciennes qui renforce du coup, ses relations avec les Émirats Arabes Unis, l’Égypte etc. au détriment des adversaires du royaume saoudien tels que l’Iran et, surtout, le Qatar.

Difficile à prédire si Maurice continuera à jouer, à fond, la carte saoudienne mais le positionnement neutre de Maurice – pour s’aligner sur sa devise « amie de toute le monde et ennemie de personne » - devrait prévaloir au niveau du monde arabo-musulman, surtout dans les pays du Golfe. Mais ce positionnement de Maurice conforte les États-Unis et aussi, l’Inde, devenue depuis peu, proche tant des émiratis que des saoudiens. Reste à savoir si Port-Louis va finalement agréer à la mise sur pied d’une ambassade turque, à Maurice, au vu des échanges en hausse avec la Turquie.

Tromelin, Mayotte et Madagascar

Seul problème dans le monde arabe, pour Maurice, reste la question du Sahara Occidental que Maurice reconnaît depuis le gouvernement de 1982 mais qui empêche des relations « normales » avec le Royaume du Maroc qui ne reconnaît pas la souveraineté du Sahara Occidental. Avec plus d’un millier de Marocaines sur le sol mauricien depuis quelques années, le Maroc essaye de faire une percée, au niveau diplomatique, à Maurice, mais sans grand succès jusqu’ici. Maurice pourra-t-elle, avec ses partenaires de la SADC, par exemple, faire pression sur le Maroc que le royaume chérifien accepte la tenue d’un référendum, au Sahara Occidental, pour l’autodétermination, comme recommandé par les Nations-Unies ?

Concernant Mayotte, Maurice joue la carte apaisée. La République mauricienne ne reconnaît pas Mayotte comme un territoire français – et encore moins, comme un département de France – mais elle ne le fait pas savoir, dû moins, en public. Elle ménage bien-sûr ses relations avec la France mais Maurice peut très bien, fort de son expérience à l’assemblée générale des Nations-Unies et à la Cour internationale de justice, aider le frère comorien à « récupérer » Mayotte que les Nations-Unies ne reconnaissent pas comme un territoire français, tout comme la Ligue arabe et l’Union africaine, entre autres.

Le succès de Maurice, à New York et à La Haye, devrait aussi la permettre à aider l’autre frère malgache, au niveau international, sur leur revendication des Îles Eparses (Juan de Nova, Europe, Bassas da India, Îles Glorieuses) tout en proposant ses services de médiateur pour résoudre le contentieux malgacho-comorien sur les Îles Glorieuses (xiii), notamment sur le banc de Geyser (xiv).

(c) Shafick Osman, 2020 - Ontario, Canada. All Rights Reserved.


Quant à Tromelin que Madagascar ne revendique plus depuis la fin des années 70 grâce à Paul Bérenger, Maurice devra choisir sa voie pour donner suite à la non-réalisation du projet de cogestion de l’îlot signé par la France et Maurice (où il n’était nullement question de souveraineté mais cogestion scientifique, environnementale/ressources halieutiques et archéologique), en 2010, mais qui n’a jamais été ratifié par l’assemblée nationale, en France, comme veut la législation française.

Deux fois retirés de l’agenda de l’assemblée nationale française depuis 2010, il n’y a plus grand espoir que la cogestion de Tromelin devienne une réalité. Que fera Maurice ? Aller à l’assemblée générale des Nations-Unies comme ce fut le cas pour les Chagos et éventuellement, à la Cour internationale de justice, encore une fois ou trouver une solution, à l’amiable, avec le pays « ami » qu’est la France ? Quant à nous, depuis plusieurs années et depuis notre thèse de doctorat sur la géopolitique de la République de Maurice, en 2013, nous optons pour une solution de co-souveraineté calqué sur le modèle du condominium des Nouvelles-Hébrides entre la France et le Royaume-Uni.

Nouvelle carte des ambassades ?

Sur le plan de notre diplomatie, comme nous l’écrivions, en mars 2015 (xv), il est grand temps que Maurice revoit ses représentations diplomatiques dans le monde. L’ambassade de Maurice, à Berlin, n’est vraiment pas d’une grande utilité et elle pourrait être convertie en consulat général afin d’ouvrir une ambassade mauricienne, en Afrique centrale ou en Afrique de l’ouest (Dakar ou Accra, par exemple).

L’ambassade de Maurice, au Caire, également n’a plus son importance depuis l’ouverture et la promotion de l’ambassade, à Riyad. Il est clair que c’est Riyad qui « gère » aujourd’hui la politique arabe de Maurice et c’est un consulat général qui devrait plutôt être aménagé, au Caire, pour faire place à une nouvelle ambassade mauricienne, à Brasilia, dans un espace géographique où Maurice n’est pas présente, diplomatiquement parlant.

Il a été question de l’inutilité de l’ambassade, à Kuala Lumpur, également ces dernières années et au vu des relations privilégiées avec Singapour, c’est plutôt là-bas qu’il faudrait une ambassade mauricienne ou à défaut, un consulat général de Maurice. Et la question se pose aussi pour le Canada où des dizaines de milliers de Mauriciens y sont mais sans ambassade ni consulat général.

Quelle politique pour demain ?

Les affaires étrangères et la diplomatie sont souvent les parents pauvres dans les discours-programmes et autres projets du gouvernement mais avec la nouvelle donne planétaire dû au SARS-Cov-2 et à l’effondrement de l’économie des pays et blocs traditionnellement importants pour Maurice (France, Grande-Bretagne, États-Unis, Union européenne etc.), que deviendra Maurice, demain ? Quelles seront ses nouveaux axes de coopération pour se réinventer ? Quels sont les nouveaux accords à privilégier, sur le plan régional et international ? Par exemple, Maurice favorisera-t-elle le concept de « Grand Océan Indien », cher à Didier Robert, président de Région Réunion, via l’IORA, pour se repositionner et se donner une place de choix ?

Au niveau de l’Afrique continentale, Maurice se rapprochera-t-elle d’un pays comme l’Ethiopie (via Ethiopian Airlines ?) qui en pleine croissance, par exemple ? Le gouvernement va-t-il pousser Air Mauritius à s’allier avec un partenaire stratégique fructueux comme Air Seychelles l’a fait avec Etihad, en 2012 ?

Le pays va-t-il enfin se réveiller pour travailler et développer les terres qu’il a obtenues, au fil des années, à Madagascar, au Mozambique, au Congo-Brazzaville et au Ghana, entre autres, pour enfin assurer sa sécurité alimentaire et aider les entrepreneurs et industriels mauriciens à réussir ailleurs ? Maurice jouera-t-elle, à fond, la carte africaine, à plusieurs niveaux, pour se relancer ?

Maurice va-t-elle objectivement se rapprocher plus de la Chine en ces temps de post-confinement ? Si oui, quelle sera la réaction de l’Inde, adversaire de toujours de la Chine ? L’ambassadeur Soodhun va-t-il trouver des partenariats clés avec l’Arabie Saoudite, par exemple, pour aider Maurice à sortir de la crise ?

Et sur le plan interne, les autorités mauriciennes comprendront-elles, enfin, qu’une des solutions les plus durables pour l’économie mauricienne est ce que l’ex-ministre Arvin Boolell avait qualifié, en 2010, de « l’État-océan » (xvi) ? Un projet annoncé dans tous les discours-programmes de ces dix dernières années mais pas encore réalisé ! Le gouvernement actuel mesura-t-il enfin la portée de ce projet qui pourrait transformer le pays non seulement économiquement mais aussi politiquement, avec un positionnement fort et clé dans cette région du monde ?

Beaucoup de questions, trop d’interrogations, et peu de visibilité en ces temps de déconfinement, à Maurice, mais nous souhaitons juste que les autorités ne se laissent pas influencer et dicter par les traditionnels « partenaires » tels le FMI, la Banque Mondiale, la Banque africaine de développement, l’Union européenne, l’AFD etc. Espérons que Maurice pourra preuve de sa créativité, d’innovation, de courage, sans succomber aux recettes venant de Washington DC, Paris ou Bruxelles !

Souhaitons que les autorités gouvernementales réunissent toutes les parties prenantes (société civile, politiques de tous bords, dirigeants d’entreprises, intellectuels etc.) pour non pas repenser l’économie mauricienne mais aussi et surtout, refondre Maurice de tous parts, en toute souveraineté, un acte de efase-refer (effacer et refaire) qui ferait non seulement le plus grand bien à la population mauricienne mais aussi aux dirigeants de la nation, à moyen terme !


* Docteur en géopolitique (Paris-Sorbonne) et chercheur associé à la Florida International University (Miami)

---

Enn rezime sa papie la an kreol morisien


---

(i) Cf. Shafick Osman, « Géopolitique : ce qu’on peut espérer des autorités mauriciennes pour la présente décennie », Business Magazine, 18 - 24 mars 2020, no. 1431, https://www.businessmag.mu/article/geopolitique-ce-quon-peut-esperer-des-autorites-mauriciennes-pour-la-presente-decennie (consulté le 10 mai 2020).
(ii) Cf. Shafick Osman, « Non à l’intégration des Chagos dans une circonscription existante !», Le Mauricien, 17 juin 2019, https://www.lemauricien.com/article/non-a-lintegration-des-chagos-dans-une-circonscription-existante/ (consulté le 5 mars 2020).
(iii) Ibid.
(iv) Cf. Shafick Osman, « Rodrigues, Agalega, St-Brandon, les Chagos et les mauriciens de l’étranger : Les oubliés de la République… », lexpress.mu, 6 avril 2014, https://www.lexpress.mu/idee/rodrigues-agalega-st-brandon-les-chagos-et-les-mauriciens-de-letranger-les-oublies-de-la (consulté le 5 mars 2020).
(v) Ibid.
(vi) Cf. Digest of Demographic Statistics 2018, Regular Reports, Publications, Statistics Mauritius, 2018, http://statsmauritius.govmu.org/English/StatsbySubj/Documents/Digest/Demography/Digest_Demo_Yr18.pdf (consulté le 10 mai 2020).
(vii) Avec annexion de quelques autres villages/localités.
(viii) Population 2018 : 4 442.
(ix) Population 2018 : 8 649 (Moka East).
(x) Population 2018 : 4 247.
(xi) Incluant Mon Choisy et Pereybère.
(xii) Cf. Digest of Demographic Statistics 2018, Regular Reports, Publications, Statistics Mauritius, 2018, p. 38, http://statsmauritius.govmu.org/English/StatsbySubj/Documents/Digest/Demography/Digest_Demo_Yr18.pdf (consulté le 10 mai 2020).
(xiii) Cf. Christian Bouchard, Shafick Osman & Christiane Rafidinarivo (2019) Southwest Indian Ocean Islands: identity, development and cooperation, Journal of the Indian Ocean Region, 15:1, 1-7, DOI: 10.1080/19480881.2019.1564133
(xiv) Ibid.
(xv) Cf. Shafick Osman, « Une chance pour Lepep de travailler sur la géopolitique de Maurice ? », Business Magazine, 10 au 16 mars 2015, https://www.businessmag.mu/article/une-chance-pour-lepep-de-travailler-sur-la-geopolitique-de-maurice (consulté le 10 mai 2020).
(xvi) Cf. Osman Shafick, « Entretien avec Arvin Boolell Le vaste chantier de l’« État-océan » a commencé », Outre-Terre, 2010/2 (n° 25-26), p. 429-431. DOI : 10.3917/oute.025.0429. URL : https://www.cairn.info/revue-outre-terre1-2010-2-page-429.htm (consulté le 10 mai 2020).

Tuesday, 26 May 2020

Chagos : il faut que Maurice demande aux éditeurs et fabricants étrangers de modifier leurs cartes et globes également

Chagos : il faut que Maurice demande aux éditeurs et fabricants étrangers de modifier leurs cartes et globes également

By Shafick Osman*

Suite à l'annonce du Premier ministre mauricien, Pravind Jugnauth, hier, lundi 25 mai, que les Nations-Unies ont modifié leur mappemonde, le 20 février 2020, en précisant que "Mauritius" est le "administering Power" s'agissant de l'archipel des Chagos, il est à préciser que la mappemonde mentionne que, "The boundaries and names shown and the designations used on this map do not imply official endorsement or acceptance by the United Nations".

C'est une mention qui ne remet, cependant, aucunement en question la souveraineté de la République de Maurice sur les Chagos, comme mentionné dans la résolution onusienne de mai 2019 et adoptée par la très grande majorité des États-membres des Nations-Unies, le 22 mai 2019. Nous sommes ravis que l'ami Vijay Makhan, ancien secrétaire aux Affaires étrangères de Maurice, abonde dans le même sens.

Par ailleurs, deux fautes d'orthographe sont à relever dans cette mappemonde des Nations-Unies (World Map 4170 R18.1 Feb20 - the United Nations) : Agaléga ou Agalega est écrit comme, "Agaleda" et Rodrigues, comme "Rodriges".

Surveillance de la douane

Le Premier ministre mauricien, aussi ministre de l'intégrité terrritoriale et des Outer Islands, a très justement dit que Maurice a déjà demandé aux "institutions" telles que Google, Apple et World Atlas  de rectifier leurs cartes respectives mais il faut aller plus loin que cela. Les services douaniers, sous la houlette de la Mauritius Revenue Authority, doivent être très vigilants sur l'importation de cartes, mappemondes, atlas et autres globes terrestres qui mentionneraient désormais non seulement "UK" ou "BIOT" à côté des Chagos ou de Diego Garcia mais aussi "Fr" à côté de Tromelin.

L'Inde, par exemple, contrôle sévèrement cela, à ces frontières pour le Jammu et Cachemire, notemment. En janvier 2006, participant à la New Delhi World Book Fair, le responsable marketing des Éditions de l'océan Indien (EOI), s'était fait approcher par un officier indien, à la sortie de l'aéroport international Indira Gandhi, pour la vérification de ses cartons et un carton contenant des atlas des EOI avait été saisi car la frontière de l'État du Jammu et Cachemire contenait des dotted lines pour représenter l'existence d'un contentieux sur cette frontière, précision interdite de publication, en Inde.

La majorité des mappemondes indiennes, très présentes à Maurice, mentionnent toujours que les Chagos sont un territoire... britannique !

Les représentations mauriciennes, à l'étranger, ou les responsables du bureau du commerce international, à Port Louis, doivent aussi demander aux éditeurs et fabricants étrangers de changer les mentions "UK" et / ou "BIOT" concernant les Chagos ou Diego Gracia, surtout, mais aussi "Fr" s'agissant de Tromelin, dans leurs atlas, cartes, mappemondes et globes terrestes destinés à Maurice. La majorité des mappemondes indiennes, très présentes à Maurice, mentionnent toujours que les Chagos sont un territoire... britannique !

Précédents

Pour rappel, l'ancien ministre de l'Éducation James Burty David avait interdit un atlas, en 1996, une publication joliment préparée par l'université de Bordeaux III, avec le concours du Pr Singaravelou, car Tromelin était mentioné comme territoire français ! Les Éditions Le Printemps avaient dû, elles aussi, réimprimer une page de leur atlas, voici quelques années, car Tromelin avait été mentioné comme territoire français. Par ailleurs, Osman Publishing et les Éditions de l'océan Indien (depuis fin 2005, tout au moins) ont scrupuleusement respecté et ont fait toujours très attention à la souveraineté nationale et l'intégrité territoriale de la République de Maurice dans leurs atlas, cartes et mappemondes.

Autre anecdote sur le sujet : lors d'une réunion à la primature, en 2010 ou 2011, nous étions étonnés de voir, dans une des salles d'attente au bureau du Premier ministre, au Treasury Building, à Port Louis, une grande mappemonde avec "UK" ou "BIOT" à côté des... Chagos ! Nous avions averti Kailash Ruhee, alors Chief of Staff, à la primature, pour cette entrave majeure à l'intégrité territoriale de Maurice.

Le lendemain, ou le samedi qui suivit, S. C. Seebaluck, secrétaire auprès du conseil des ministres, et chef de la fonction publique, fit enlever toutes les cartes et mappemondes ayant ces mentions des bureaux du Premier ministre. Nous ne sommes pas courant si l'initiative avait été étendue aux autres ministères, corps parapublic et écoles, entre autres. L'école primaire publique Jules Koenig, à Beau Bassin, avait, en janvier 2011, par exemple, une immense mappemonde où "UK" ou "BIOT" était inscrit à côté des Chagos ou de Diego Garcia.

*Docteur en géopolitique (Paris-Sorbonne) et  chercheur associé à la School of International and Public Affairs, Florida International University (Miami).

---

L'hebdomadaire mauricien Star a repris notre papier dans son édition du 29 mai au 4 juin 2020 (no. 1848), comme suit :




Saturday, 9 May 2020

Géopolitique : ce qu’on peut espérer des autorités mauriciennes pour la présente décennie

Source : Business Magazine, No. 1431 du 18 mars 2020 au 24 mars 2020 (Île Maurice)






By Shafick Osman
(docteur en géopolitique, Paris-Sorbonne,
et chercheur associé, Florida International University, Miami)


Disons-le d’emblée : il n’y a pas grand espoir que les positions géopolitiques de la République de Maurice changent dans les années à venir, voire dans cette nouvelle décennie du calendrier grégorien. Maurice est, de nature, conservatrice et change rarement dans ses postures géopolitiques, à quelques exceptions près. Pourtant, l’économie mauricienne a connu des transformations les plus profondes depuis l’Indépendance, la société même a connu des mutations les plus importantes mais au niveau politique – à part la parenthèse de 1982 – et de surcroît, géopolitique, pas grand-chose a changé depuis 1968, si ce n’est l’avènement de la République, en 1992, l’ouverture flagrante envers l’Arabie saoudite depuis 2015 et la reconnaissance par la cour internationale de justice et de l’Assemblée générale des Nations unies, de la souveraineté entière de Maurice sur les Chagos, en 2019.

GÉOPOLITIQUE INTERNE

Le rapport entre l’île principale de la République que la Constitution de Maurice décrit comme Island of Mauritius (que nous traduisons par île Maurice) et les autres territoires de la République est à repenser. Repenser pour une participation bien plus active, un rapport bien plus fécond entre l’île Maurice et les territoires constitutionnels mauriciens que sont Rodrigues, Agalega, l’archipel des Chagos, St Brandon (Cargados Carajos) et Tromelin. L’intellectuel et journaliste mauricien Joël Toussaint propose, depuis mars 2011, un concept d’État-fédéral où les différents territoires de la République auraient une autonomie maximale avec, surtout, un rapport égalitaire. Un drapeau fédéral mauricien a même été proposé récemment sur Facebook !

Repenser la République, c’est aussi fédérer les peuples et résidents et/ou natifs de l’île Maurice, de Rodrigues, d’Agalega, des Chagos et de St Brandon – il n’y a aucun habitant de nos jours sur Tromelin – autour d’un projet commun, d’une destinée commune. Si Rodrigues bénéficie certes d’une autonomie quelconque depuis 2002 via la Rodrigues Regional Assembly, les autres territoires de la République de Maurice sont contrôlés directement par le gouvernement central sauf pour les Chagos et Tromelin, où les contentieux sur la souveraineté mauricienne restent entiers malgré la reconnaissance claire de la souveraineté mauricienne sur les Chagos, en 2019, par la cour internationale de justice et par l’Assemblée générale des Nations unies. Agalega aurait dû avoir une certaine autonomie aussi avec la création de l’Agalega Island Council, en 2004, mais le conseil n’a jamais réellement fonctionné et il n’a pas bénéficié non plus, il est vrai, d’un fort soutien politique du gouvernement central.

La représentation des territoires de la République est aussi une problématique pas très répandue parmi les classes politique et intellectuelle mauriciennes. La dominance de l’Island of Mauritius, un héritage colonial datant des Britanniques, est flagrante au Parlement : 60 sièges sur 62 (20 circonscriptions sur 21), à l’Assemblée nationale mauricienne, reviennent à l’île Maurice ; Rodrigues a droit, elle, à deux sièges seulement avec une circonscription alors que la norme, pour l’île Maurice, est de trois sièges par circonscription. Pire, Agalega est représentée depuis l’an 2000 seulement et cela avec une incorporation dans la circonscription No. 3, Port-Louis Est - Port-Louis Maritime. Résultat : il n’y a pas eu et il n’y a jamais eu de député agaléen pour représenter Agalega depuis 20 ans maintenant et même Shakeel Mohamed, député de la circonscription depuis 2010, a avoué, en juillet dernier, au Parlement, que les députés du No. 3 n’arrivent pas à s’occuper de leurs mandants, à Agalega, faute de visites et de moyens logistiques adéquats !

ST BRANDON ET AGALÉGA

Les quelque 25 résidents de St Brandon, dont beaucoup y séjournent la plupart de l’année, ne peuvent voter sur place et il n’y a aucune représentation des 28 îlots de Cargados Carajos au sein de l’Assemblée nationale mauricienne ! Le gouvernement MSM-ML a bien voulu rajouter les Chagos à une circonscription existante, en juillet 2019 – chose que nous avions dénoncée, à l’époque, demandant plutôt une circonscription à part entière pour les Chagos – mais force est de constater qu’aux élections du 7 novembre dernier, les Chagos n’avaient toujours pas de représentation malgré le vote unanime de l’Assemblée nationale mauricienne, le 12 juillet 2019, pour l’intégration des Chagos dans une circonscription existante. Et on n’a point entendu l’Electoral Boundaries Commission sur ce sujet depuis. Nous étions les premiers à demander, en 2009, une circonscription à part entière pour Agalega et donc, un député agaléen pour Agalega.

Nous étions également les premiers, en 2014, dans le sillage du White Paper du Premier ministre Navin Ramgoolam, sur les réformes électorales, à demander qu’il y ait un député des Chagos au Parlement mauricien, en sus d’un député pour la diaspora mauricienne à l’étranger. Et nous avions même demandé qu’il y ait une nouvelle circonscription Agalega-St Brandon qui permettrait aussi la représentation de Cargados Carajos, à l’Assemblée nationale mauricienne.

Nous étions les premiers à demander, en 2009, une circonscription à part entière pour Agalega et donc, un député agaléen pour Agalega
Nous étions également les premiers, en 2014, dans le sillage du White Paper du Premier ministre Navin Ramgoolam, sur les réformes électorales, à demander qu’il y ait un député des Chagos au Parlement mauricien

Quant à Tromelin, il devrait, lui aussi, avoir une représentation mais Paul Bérenger, leader de l’Opposition, en 2009, avait déjà proposé cette inclusion de Tromelin, St Brandon et des Chagos mais dans une circonscription existante, lors d’une Private Notice Question, le 21 novembre 2009, au Premier ministre d’alors, Navin Ramgoolam, qui avait déclaré qu’il allait présenter une motion, dans ce sens, à l’Assemblée nationale, mais qui n’a jamais été présentée par la suite.

S’agissant d’Agalega et de St Brandon, il est inconcevable – on avait écrit cela en 2014 – que l’Outer Islands Development Corporation (OIDC), structure parapublique dépassée mais qui gère toujours ces deux territoires de la République, devrait céder la place à un statut plus officiel, plus étatique et moins dénigrant – il n’y a pas de présence administrative de l’État mauricien à St Brandon – pour ces deux territoires riches en superficie maritime et en ressources halieutiques. Notre proposition de l’équivalent d’un préfet (un commissaire ?) pour Agalega et St Brandon tient bon et, à notre avis, il faut une nouvelle législation pour combler le vide sur la souveraineté de l’État mauricien sur l’ensemble des îlots de St Brandon dont la moitié est la propriété du privé, sous la forme d’un bail à perpétuité, octroyée, en 1901, par l’administration coloniale. Lequel bail pourrait être octroyé à la même société qui détient aujourd’hui les droits, Raphaël Fishing Company Limited, sous forme d’un bail à durée limitée cependant.

GÉOPOLITIQUE EXTERNE

La politique étrangère de Maurice ainsi que ses rapports de force avec les puissances et blocs étrangers ne devraient pas changer au cours des dix prochaines années. Hormis quelques bifurcations à l’Est, et dans le camp socialiste, au temps de la Guerre froide, Maurice n’a jamais vraiment changé de politique étrangère depuis son indépendance même si certains rapports de force ont changé, au fil des décennies, s’agissant surtout du Royaume-Uni (écart), de la France (rapprochement) et de l’Inde (rapprochement important).

Maurice doit traduire, à nouveau, sa devise de ‘l’étoile et la clé de la Mer des Indes’ en réalité. Déjà très présente au sein de nombre d’organisations régionales et internationales et porteuse de nombreux hubs dans la région, Maurice doit travailler en vue d’une fusion, à moyen terme, de la Commission de l’océan Indien (COI) et de l’Indian Ocean Rim Association (IORA). Les sièges de ces deux organisations se trouvent à Maurice et le pays est un des membres fondateurs de ces deux organisations indianocéaniques. La France demande un statut d’observateur au sein de l’IORA, ce qui est plutôt bon signe pour un rapprochement entre la COI et l’IORA. La résistance pourrait venir de l’Union européenne, qui finance la majorité des projets de la COI, avec la France, en appui. Comme tous les États membres de la COI, à part la France, sont membres de l’IORA, il ne fait plus de sens d’avoir deux associations différentes pour le bien commun du bassin océan Indien.

Les relations avec l’Inde, la France, l’Union européenne, la Chine et les États-Unis ne devraient connaître aucun changement majeur de même qu’avec les blocs régionaux africains (SADC, Comesa, Union africaine). Un changement notable cependant qui n’est pas passé inaperçu ces dernières années : l’ouverture vers l’Arabie saoudite depuis 2015 ! Un changement de politique notable de la part des autorités mauriciennes qui renforce du coup ses relations avec les Émirats arabes unis, particulièrement, au détriment des adversaires du royaume saoudien tels que l’Iran et le Qatar, surtout.

SAHARA OCCIDENTAL, MAYOTTE, TROMELIN

Il est difficile à prédire si Maurice continuera à jouer, à fond, la carte saoudienne mais le positionnement neutre de Maurice – pour s’aligner sur sa devise, ‘ami de tout le monde et ennemi de personne’ – devrait prévaloir au niveau du monde arabo-musulman, surtout dans les pays du Golfe. Mais ce positionnement de Maurice conforte les États-Unis et aussi, l’Inde, devenue depuis peu proche tant des Émiratis que des Saoudiens. Reste à savoir si Port-Louis va finalement agréer à la mise sur pied d’une ambassade turque à Maurice, au vu des échanges en hausse avec la Turquie. Seul problème dans le monde arabe, pour Maurice, reste la question du Sahara occidental que Maurice reconnaît depuis le gouvernement de 1982 mais qui empêche des relations ‘normales’ avec le Royaume du Maroc, qui ne reconnaît pas la souveraineté du Sahara occidental. Avec plus d’un millier de Marocains sur le sol mauricien depuis quelques années, le Maroc essaye de faire une percée, au niveau diplomatique, à Maurice, mais sans grand succès jusqu’ici. Maurice pourra-t-elle, avec ses partenaires de la SADC, par exemple, faire pression sur le Maroc pour que le royaume chérifien accepte la tenue d’un referendum, au Sahara occidental, pour l’autodétermination, comme recommandé par les Nations unies ?

Concernant Mayotte, Maurice joue la carte apaisée. La République mauricienne ne reconnaît pas Mayotte comme un territoire français – et encore moins, comme un département de France – mais elle ne le fait pas savoir très souvent. Elle ménage bien sûr ses relations avec la France mais Maurice peut très bien, fort de son expérience à l’Assemblée générale des Nations unies et à la cour internationale de justice, aider le frère comorien à ‘récupérer’ Mayotte que les Nations unies ne reconnaissent pas comme un territoire français, tout comme la Ligue arabe et l’Union africaine, entre autres. Le succès de Maurice, à New York et à La Haye, devrait aussi lui permettre d’aider l’autre frère malgache, au niveau international, sur leur revendication des Îles Eparses (Juan de Nova, Europe, Bassas da India, îles Glorieuses) tout en proposant ses services de médiateur pour résoudre le contentieux malgacho-comorien sur les îles Glorieuses, notamment sur le banc de Geyser .

Le succès de Maurice, à New York et à La Haye, devrait aussi lui permettre d’aider l’autre frère malgache, au niveau international, sur leur revendication des Îles Eparses (Juan de Nova, Europe, Bassas da India, îles Glorieuses) tout en proposant ses services de médiateur pour résoudre le contentieux malgacho-comorien sur les îles Glorieuses, notamment sur le banc de Geyser

Quant à Tromelin, que Madagascar ne revendique plus depuis la fin des années 70 grâce à Paul Bérenger, Maurice devra choisir sa voie pour donner suite à la non-réalisation du projet de cogestion de l’îlot signé par la France et Maurice (où il n’était nullement question de souveraineté mais de cogestion scientifique, environnementale/ ressources halieutiques et archéologiques), en 2010, mais qui n’a jamais été ratifié par l’Assemblée nationale, en France, comme veut la législation française.

Deux fois retiré de l’agenda de l’Assemblée nationale française depuis 2010, il n’y a plus grand espoir que la cogestion de Tromelin devienne une réalité. Que fera Maurice ? Aller à l’Assemblée générale des Nations unies, comme ce fut le cas pour les Chagos et, éventuellement, à la cour internationale de justice encore une fois ou trouver une solution, à l’amiable, avec le pays ‘ami’ qu’est la France ? Quant à nous, depuis notre thèse de doctorat sur la géopolitique de la République de Maurice, en 2013, nous optons pour une solution de co-souveraineté calquée sur le modèle du condominium des Nouvelles-Hébrides entre la France et le Royaume-Uni.




Une chance pour Lepep de travailler sur la géopolitique de Maurice ?


Source : Business Magazine, No. 1174 du 10 mars 2015 au 16 mars 2015 (Île Maurice)

Lire l'intégralité du papier : Une chance pour Lepep de travailler sur la géopolitique de Maurice ? (Shafick Osman)


Photo fournie par Shafick Osman


By Shafick Osman

Disons-le d’emblée : la géopolitique est une discipline – pas une science – qui analyse les forces ou les rapports de force sur un territoire donné, quels que soient le type et l’échelle en question, c’est-à-dire du plus petit, du micro ou nano, au planétaire, voire à l’intergalactique. C’est une définition que nous avançons, promue par l’école française de géopolitique menée par Yves Lacoste, qui commence sérieusement à prendre place dans «l’anglosphère» (i) depuis un moment déjà.

Comment donc la République de Maurice peut-elle profiter de sa géopolitique, surtout avec un nouveau pouvoir politique, porteur d’espoir, depuis le 11 décembre dernier ? Pour que le nouveau gouvernement puisse « profiter » de sa géopolitique, il faudrait, au prime abord, qu’il comprenne et sache, en toute souveraineté et sans influence étrangère aucune, ce que c’est sa géopolitique, tant interne qu’externe.

Nous essayerons de dégager quelques pistes, quelques options, qui puissent servir de repère en souhaitant que le premier Budget du gouvernement Lepep puisse combler le manque trop cruel dans le manifeste électoral de leur alliance et les grandes lignes bien trop générales dans le récent discours-programme.

On utilisera le terme « mappemonde mauricienne » de façon délibérée. Après 47 ans d’Indépendance et 23 ans de régime républicain, la République de Maurice doit se replacer sur la mappemonde. Il faut absolument savoir ce que l’État mauricien veut à moyen et à long terme, où il veut aller et y être. À partir de là, ce serait plus facile de savoir où se placer, quelles aires géographiques privilégier ou pas.

C’est un travail de réflexion stratégique de fond qu’il faut entamer avec toutes les parties prenantes en question. Mais en l’absence de données précises – les indications sont trop générales jusqu’ici – nous ne pouvons que formuler quelques remarques, poser des questions et émettre quelques suggestions.

GÉOPOLITIQUE EXTERNE

Mis à part l’ouverture d’une ambassade en Arabie saoudite, nous ne savons rien, à vrai dire, de la politique étrangère du nouveau gouvernement. Si les procédures pour l’ouverture de cette ambassade à Riyad – et non à Djeddah, comme nous avons entendu et lu dans les médias récemment – ont commencé, qu’en est-il de la politique de Maurice (ii) envers le monde arabe, voire le monde arabo-musulman ? Fermera-t-on notre ambassade au Caire une fois celle de Riyad ouverte ? Maurice pourrait-elle se permettre d’avoir deux ambassades dans le monde arabe, à 1 600 kilomètres de distance seulement (iii) ?

Quelles utilités pour toujours avoir une représentation diplomatique de haut niveau en Égypte mis à part la portée historique de la chose ? Qu’on ne vienne pas nous parler des relations commerciales car le commerce, on le sait, se fait très bien hors des ambassades et autres représentations diplomatiques. Si on est en doute, il n’y a qu’à prendre l’exemple de Singapour où Maurice ne possède ni consulat ni ambassade.

Autre ambassade qu’il faudra de toute évidence revoir: celle de Berlin. Mise en place au temps de Navin Ramgoolam I, à la fin des années 90, cette ambassade nous sert-elle à quelque chose ? Les relations n’ont jamais été intenses entre l’Allemagne et Maurice et on est en droit de se demander quelle est la pertinence que Maurice soit présente à Berlin.

Par contre, cette ambassade pourrait laisser la place à deux consulats-généraux de Maurice : un en Allemagne même ou en Europe centrale, à Prague, par exemple, et un deuxième soit en Scandinavie soit en Europe du Nord. Les pays scandinaves représentent de réels intérêts pour Maurice, que ce soit au niveau de la coopération éducative, du tourisme, de la gouvernance ou de l’innovation. Un rapprochement du côté de Stockholm ou d’Oslo, voire d’Helsinki, serait certainement bénéfique pour plusieurs de nos secteurs. Il n’y a qu’à voir la présence des agences de développement scandinaves en Afrique continentale et à Madagascar pour se rendre compte que Maurice est à l’écart du potentiel nordique.

Autre aire géographique totalement négligée et pas des moindres : l’Amérique du Sud. Il est inconcevable que Maurice n’ait point de représentation diplomatique dans ce «continent» d’avenir. Si la viande brésilienne, le lait uruguayen et d’autres produits de consommation courante du Pérou et d’Argentine sont de plus en plus présents dans nos grandes surfaces, il n’en demeure pas moins que le potentiel de la coopération technique, sportive, économique et au niveau de la recherche, pour ne citer que ceux-là, est énorme, surtout venant du géant brésilien et du voisin argentin dans une moindre mesure.

L’Alliance sociale de 2005 avait annoncé l’ouverture d’une ambassade à Brasilia ou à Buenos Aires mais depuis, niet. Le gouvernement Lepep ouvrira-t-il une ambassade au Brésil ou en Argentine pour couvrir toute l’Amérique latine, afin que notre ambassade à Washington n’ait plus la responsabilité de tout le continent américain ? Et dans le même souffle, n’est-il pas temps que Maurice ait un consulat-général à Ottawa, capitale du Canada, où existe une forte communauté mauricienne et où les possibilités d’échanges et de coopération sont multiples ?

Autres pôles où Maurice devrait, à notre avis, avoir des représentations diplomatiques (consulats-généraux plutôt) pour des raisons stratégiques: île de la Réunion, Singapour, Afrique de l’Ouest (Dakar ou Accra, par exemple), Afrique centrale (exemple : Libreville ou Brazzaville), Comores, Nairobi ou Dar es-Salaam, Inde du Sud (Chennai ou Bangalore), Abu Dhabi ou Doha (Istanbul dans le futur ?) et Tokyo ou Séoul. Cette liste n’est pas exhaustive, bien entendu, et demande à être étudiée soigneusement et revue en fonction des priorités.

Et à côté de nos ambassades existantes, faut-il encore donner un nouveau souffle à celle de Maputo qui mérite une attention plus importante car le Mozambique serait bientôt le « Qatar de l’Afrique », selon des observateurs spécialisés, avec le fort potentiel gazier dans les eaux mozambicaines. Faut-il aussi repenser notre ambassade à Kuala Lumpur – que Bérenger demandait à fermer il y a peu de temps – qui devrait être bien plus présent dans l’ensemble du Sud-Est asiatique, mis à part Singapour.

Et sur le plan national, on a noté le « forcing » diplomatique du Maroc ces derniers temps avec une annonce en filigrane de la demande d’ouverture d’une ambassade marocaine à Maurice, mais quel serait l’intérêt d’avoir une représentation de si haut niveau du royaume chérifien en terre mauricienne, mis à part le nombre croissant d’épouses marocaines sur notre sol ? Autre question qui mérite d’être répondue : permettra-t-on, enfin, à la Turquie d’avoir une ambassade à Maurice ? Et, par extension, de sceller, une fois pour toutes, le sort de la desserte de Plaisance par un des leaders en devenir de l’aviation civile qu’est Turkish Airlines ?

GÉOPOLITIQUE INTERNE

Si, en 2010, au tout début de la campagne électorale, Arvin Boolell, ancien ministre des Affaires étrangères travailliste, avait dit qu’un ministère de l’Océanographie allait être mis sur pied, c’est le gouvernement Lepep qui finit par mettre en place un ministère de l’Économie océanique en 2014. Un début certes mais faut-il encore que ce nouveau ministère, tout en se contentant des opportunités économiques et de la régulation des opérations dans notre zone économique exclusive (ZEE) et sur notre plateau continental, n’oublie pas le poids politique, le levier, serait-on tenté de dire, de notre État-océan.

Le nouveau gouvernement a certes des ambitions dans cet espace maritime de 2,3M km2, le 19e plus important au monde, mais rien de durable ne pourra être entrepris si les particularités des territoires de la République formant cet État-océan ne sont pas prises en compte de manière judicieuse. Si on est tenté de laisser Rodrigues de côté momentanément car l’île bénéficie non seulement de sa propre assemblée régionale depuis 2002 et d’un pouvoir politique fort depuis les élections mais aussi Serge Clair est, semble-t-il, dans les bons papiers du gouvernement Lepep et cela devrait être de bon augure pour le futur immédiat de l’île (iv). Mais à côté de Rodrigues, il y a Agalega, St Brandon, les Chagos et Tromelin.

Si le nouveau Private Parliamentary Secretary (PPS), Salim Abbas Mamode, responsable de la circonscription No 3 et donc d’Agalega, affiche une volonté de résoudre les problèmes exposés par l’ONG Les Amis d’Agalega, la petite île se trouvant à un millier de kilomètres de Port-Louis, mérite une attention toute particulière. Négligée par la plupart des gouvernements, Agalega mérite un statut et du respect au sein de la République de Maurice. Souhaitons qu’après la visite du Premier ministre indien, Narendra Modi, l’atterrissage d’aéronefs commerciaux et l’accostage de navires à St James ne seraient plus un vieux rêve non seulement d’Agaléens, mais aussi des citoyens de la République.

Il est donc important que les autorités non seulement s’attellent aux problèmes pratiques des Agaléens
et à leurs besoins infrastructurels, mais encore le Parlement devrait avoir un représentant d’Agalega à part entière. Nous avons eu l’occasion de le dire dans L’Express dimanche, en 2009, et nous avons élaboré dessus, en avril 2014, suite à la publication du Consultation/White Paper sur les réformes électorales de l’ancien Premier ministre Ramgoolam. Comment peut-on nier aux quelque 300 habitants de l’île le droit de se faire représenter au sein d’une circonscription – si petite soit elle – qui pourrait, par ailleurs, regrouper St Brandon dans un premier temps ?

L’Outer Islands Development Corporation (OIDC), organisme gouvernemental s’occupant des îles éparses que sont Agalega et St Brandon, devrait être totalement revu pour en faire une agence de développement moderne, participative, dont la gestion se ferait avec le concours étroit de la communauté agaléenne (sur place et à l’île Maurice), du futur député d’Agalega (ou d’Agalega et de St Brandon) et des autres forces vives intéressées au sein de la République. L’Agalega Island Council également doit être revu car non seulement il ne serait pas en opération depuis un certain temps, mais il devrait permettre aux Agaléens de gérer leur île avec ses particularités et avec une dose d’autonomie, comme les Rodriguais.

La politique du nouveau gouvernement sur St Brandon doit être claire : laissera-t-il quelque 40 % des îlots de l’archipel de Cargados Carajos au privé avec des baux à vie sur des îlots – obtenus à l’époque coloniale – ou entamera-t-il des discussions avec la Raphaël Fishing Company Limited pour la révision des baux sur une durée limitée mais renouvelable ? Cette refonte de l’OIDC se fera-t-elle avec des pouvoirs additionnels pour agir un peu comme un préfet dans cet archipel difficile d’accès par mer et accessible par hydravion seulement ? C’est une réflexion nécessaire au vu du projet d’éco-tourisme de la société Raphaël Fishing sur l’archipel où le nombre de résidents (saisonniers ou pas) sera en hausse avec la présence de touristes, etc.

Nous n’allons pas élaborer sur les contentieux des Chagos et de Tromelin, territoires faisant partie de l’État-océan, car cela mérite un développement à part, mais force est de constater que sur ce chapitre, que des généralités ont été dites. Concernant les Chagos, l’heure H approche avec, en 2016, le renouvellement quasi automatique de vingt ans du bail des britanniques aux Étatsuniens.

Que fera le nouveau pouvoir politique en ce sens ? Une demande de participation aux discussions, comme l’avait suggéré Navin Ramgoolam quand il était Premier ministre ou sir Anerood Jugnauth, aura-t-il une approche différente ? Les réponses de sir Anerood au leader de l’Opposition ont été assez évasives au Parlement le jeudi 26 février dernier.

Pour ce qui est de Tromelin, comme les priorités du gouvernement socialiste sont, semble-t-il, différentes du gouvernement Sarkozy sur la question, peut-on espérer que l’Assemblée nationale française débatte enfin de ce projet de cogestion de l’îlot (concernant les ressources halieutiques, la gestion de l’environnement et l’archéologie) pour que l’accord signé par les gouvernements mauricien et français, en 2010, devienne une réalité et soit enfin mis en pratique ? Non, si on se réfère aux réponses du Premier ministre et à une des questions supplémentaires de Paul Bérenger lors de la Private Notice Question du 26 février.

Selon ce qu’on a pu entendre et lu au Parlement récemment, devrait-on donc oublier cet accord de cogestion et proposer à la France, « pays ami » par excellence, une formule de co souveraineté qui serait, à vrai dire, une solution durable et qui devrait régler ce contentieux entre la France et Maurice pour de bon ?

La balle, semble-t-il, est maintenant dans le camp français suite à la rencontre de Navin Ramgoolam et de François Hollande en octobre 2014, selon sir Anerood Jugnauth. Une formule de cosouveraineté basée quelque peu sur le condominium (réussi) de la France avec la Grande-Bretagne sur les Nouvelles-Hébrides pendant 75 ans serait-elle la solution finale et durable ?


(i) On peut définir l’anglosphère comme l’ensemble des pays « anglo-saxons » avec les pays majoritairement «anglophones» du Nord et du Sud qui partagent plus ou moins la même politique au niveau des affaires étrangères : Royaume-Uni, Etats-Unis d’Amérique, Canada, Australie et la Nouvelle-Zélande. L’Irlande et l’Afrique du Sud peuvent, dans certains cas, être ajoutés à cette liste.
(ii) On utilise «Maurice» comme diminutif de «République de Maurice». L’île Maurice est ce que la Constitution appelle l’«Island of Mauritius».
(iii) On se souviendra que l’alliance PTr-MMM avait proposé, dans leur programme électoral, d’avoir une ambassade en Arable saoudite et une autre au Qatar.
(iv) Une des demandes du gouvernement régional OPR sur la desserte aérienne directe Réunion-Rodrigues sera de nouveau une réalité bientôt grâce au soutien du ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo.

The Birthplace of NYC Mayor Zohran Mamdani: From Kampala to the World Stage!

Dr. Shafick Osman outside the entrance gates of St. Francis Hospital Nsambya, Kampala - 21 September 2026. (c) Shafick Osman, 2026. This aft...